La dégustation du temps
Pas plus tard qu'hier, j'écrivais une critique intitulée « Ode à la tranquillité » dans laquelle je saluais l'atmosphère apaisante d'un restaurant de l'avenue Van Horne & l'affabilité de son personnel. Aujourd'hui, j'aimerais approfondir ma réflexion & exalter une notion sous-jacente à la tranquillité, celle de la dégustation du temps.
Le temps était une ressource précieuse & limitée, on est porté à croire de nos jours que son utilisation optimale implique participer au plus grand nombre d'activités possibles dans une journée. & si ce n'était pas plutôt l'inverse ? Pour profiter du temps, ne faudrait-il pas plutôt le... prendre ? Limiter les distractions, restreindre les engagements, alléger son horaire afin de s'immerger du plein de ses cinq sens dans le moment. En effet, ce n'est que lorsque l'on en savoure de longues bouchées contemplatives que sa richesse se relève & qu'on en jouit à satiété.
Au coeur de cette quête, une tranche de la journée exige spécialement qu'on la savoure : le repas; là où les langues se délient & où les amitiés se nouent (ou se dénouent, c'est selon !). Sûrement, vous aurez remarqué que les conversations les plus fécondes sont celles faites avec le ventre content.
Cet après-midi, bien que j'eusse le ventre content, je suis resté sur ma faim. Je ne ferai certes pas le café Cosé porter le chapeau du blâme ! Au contraire, je n'ai que de bons mots pour leur accueil, leur décor & leur cuisine.
D'ailleurs, leurs boissons maison à elles seules valent le détour ! À commencer par le café Vietnamien (5 $) qui procure une expérience sensorielle unique, une symétrie entre l'amertume du café & le sucré du lait concentré, avec une mention tout aussi honorable pour le matcha Cosé (6,5 $) & le Saigon Fog (6,5 $), magnifiés par la mousse d'oeuf battue qui caresse les lèvres comme un toucher de soie.
Aussi, très honnête est leur carte de sandwichs qui, en plus de se présenter sous un aspect appétissant, éclatent de fraîcheur & de saveur. On ne parle pas d'une révolution du genre, mais de préparations réalisées avec soin & amour avec les meilleurs ingrédients sous la main.
Au surplus, sachant que leurs pâtisseries viennent de la réputée boulangerie Guillaume, serait-il hasardeux de présumer que leur délicieux pain est élaboré par les mêmes mains ? Enfin, mes trois compagnes de table & moi avons englouti avec appétit leurs deux sandwichs déjeuner, la tartine d'avocat & le bagel au saumon fumé (avec des prix oscillant entre 10,50 & 14,50 $).
Par conséquent, ce sentiment de manque que j'ai ressenti & rapporté est dû à une carence en temps de qualité. Aussitôt arrivée, l'une de mes amies devait partir, emmenant le reste de la troupe avec elle. Délaissé, je suis quand même resté quelques minutes de plus pour immortaliser quelques clichés, ramasser les assiettes & les verres, les déposer dans l'évier en voulant assister le seul employé en service, pris d'assaut par l'arrivée simultanée d'une quinzaine de clients. Puis, sentant ma présence redondante alors que j'avais cédé ma table, je suis parti.
De ce fait, ma connaissance de la faune & de la flore du café Cosé demeure superficielle & je regrette n'avoir aucune anecdote savoureuse à raconter.
Je vous exhorte donc, en ce bel après-midi de mars, à prendre vos aises sur l'une des belles chaises tressées du Cosé de beige dressé, à poser vos regards sur la table & à ne penser à rien d'autre qu'à votre café viet, votre sandwich déj, & votre ami céans. Laissez de côté vos préoccupations &, pour moins de 20 $ par personne, savourez pleinement ce moment suspendu.